Accueil / Sémio_2010 / semio_2010 c-i / La médiation touristique : écriture fragmentaire du guide et récit de voyage – Valia FILLOZ

Laboratoire TRIANGLE UMR 5206

Résumé de l’article

Les Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) constituent un domaine à part entière et par essence pluridisciplinaire. C’est pour cette raison qu’il me semble logique et pertinent d’appréhender le domaine du tourisme par sa signification. Le tourisme est l’activité d’une personne qui voyage pour son agrément, visite une région, un pays, un continent autre que le sien, pour satisfaire sa curiosité, son goût de l’aventure et de la découverte, son désir d’enrichir son expérience et sa culture. Le tourisme est une expérience du voyage, où l’on parcourt pour le plaisir un espace autre que celui où l’on vit quotidiennement. Notre postulat est que toute pensée de tourisme est avant tout une pensée de l’espace et du temps, un sens de l’espace mis en œuvre par le temps, point d’entrée et fil conducteur de notre réflexion…

L’objet de cette communication est de montrer en quoi et comment le tourisme est un secteur spécifique de la communication, car il produit des discours et des images spécifiques, comment la médiation touristique y signifie l’espace, et enfin lui donne du sens, phénomène particulièrement visible au travers des guides touristiques et des nouveaux médias. Les acteurs individuels, institutionnels ainsi que les médias conçoivent, prescrivent et diffusent des représentations du tourisme, instituant ainsi l’acquisition de pratiques, de connaissances et de compétences touristiques. Celles-ci érigées en valeurs culturelles et destinées au public, nommé « les touristes », sont intégrées puis à leur tour nourrissent le phénomène touristique et ses pratiques associées. Elles produisent un mode de médiation spécifique au travers de la construction de récits de voyage comme forme privilégiée d’une multitude de formes d’écritures fragmentaires et de lectures de la destination des touristes, sujets énonciateurs.

Mots clefs : médiation, guide, récit, discours, tourisme, espace, signification, sens, sémiotique, écriture fragmentaire, énonciation, communication.

Plan de la communication :

Introduction

1. Le tourisme est un secteur spécifique de la communication

- les guides et récits touristiques

- le tourisme fait du voyage une pratique de communication (énonciateur/énonciataire)

- le tourisme fait du voyage une pratique désirable (objet/sujet) : le guide touristique

- le tourisme fait du voyage une pratique de normalisation culturelle (adjuvant/opposant) : la fragmentation des guides touristiques

2. La médiation touristique ou la signification de l’espace en écritures fragmentaires

- le guide touristique signifie l’espace

- les guides touristiques papiers, premiers médiateurs de sens

3. L’énonciation du tourisme et la construction du sens

- les types de fragmentation du guide touristique

- écritures fragmentaires du tourisme

Conclusions

Introduction

L’homo narrans (Fischer, 1987) dans son approche énonciative de l’espace autre (cadre et support de son récit), du temps autre (par production d’un énoncé coupé de la situation d’énonciation), locuteur éphémère dans l’expérience du voyage, s’adresse à un destinataire. Le voyageur, sujet énonciateur, fait connaître par un récit de voyage. « C’est d’abord une variété prodigieuse de genres, eux-mêmes distribués entre des substances différentes, comme si toute matière était bonne à l’homme pour lui confier ses récits : le récit peut être supporté par le langage articulé, oral ou écrit, par l’image, fixe ou mobile, par le geste et par le mélange ordonné de toutes ces substances ; il est présent dans le mythe, la légende, la fable, le conte, la nouvelle, l’épopée, l’histoire, la tragédie, le drame, la comédie, la pantomime, le tableau peint (que l’on pense à la Sainte-Ursule de Carpaccio), le vitrail, le cinéma, les comics, le fait divers, la conversation. De plus sous ses formes presque infinies, le récit est présent dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les sociétés ; le récit commence avec l’histoire même de l’humanité. » (Barthes 1966). L’homo narrans (Rabatel, 2008) articule les approches linguistiques, stylistiques et littéraires, en intégrant les passions, les émotions et les sensations, à travers l’attention portée aux questions entrecroisées des discours et des points de vue, des valeurs et de l’esthétique, et narre sous forme de récits de voyage où l’auteur raconte ce qu’il a vu dans un autre pays (photos, cartes postales, reportage, carnet de voyage, guide touristique ou encore littérature de voyage…) traçant ainsi le processus de médiation touristique. Le touriste est un homo narrans qui voyage par plaisir, qui se conte et se raconte, relatant sa singularité dans l’espace et dans le temps de l’Histoire collective. La médiation touristique est un concept utilisé pour penser la construction, la transmission, la vulgarisation des savoirs et de la culture touristique, entre singularités et contraintes du collectif, entre savoirs et réalité, entre tenants du savoir légitime et publics. Le médiateur est celui qui re-marque, aide à la re-présentation. La médiation est alors une mise en présence par une mise à distance. « S’il fallait re-donner un sens à la notion de médiation, aujourd’hui banalisée au point de qualifier tout processus de mise en relation, le mythe de Babel pourrait servir de cadre de pensée. Ce mythe exprime, en effet, la nécessité de distinguer la double fonction de la médiation : d’une part établir les liens entre les hommes, dans le temps présent et à travers les générations ; d’autre part, introduire la visée d’un sens qui dépasse la relation immédiate pour se projeter vers l’avenir » (Caune, 1999). La médiation comprend l’ensemble des institutions qui, à partir des espaces et du temps de leurs destinataires (les touristes), produisent le lieu, le temps et les moyens de la rencontre entre ces espaces touristiques et ces destinataires… Elle vise à comprendre l’écart et les tensions entre les espaces, les publics et les populations locales, occasionné par les barrières culturelles (compétences, éducation), socioéconomiques (pauvreté), psychologiques, géographiques, linguistiques, ethnoculturelles, physiologiques (handicap), etc. pour donner à lire leurs désirs et leurs savoirs. Cette mise en relation des espaces et des publics tend à aménager des conditions favorables à une circulation des informations, à une appropriation des images ainsi qu’à des expériences signifiantes par le récit de voyage. Il nous raconte une histoire, passage de la communication à l’expérience du voyage à la fiction. Il transforme une situation de départ et une situation d’arrivée. Il organise une médiation double. Une médiation qui construit l’espace rêvé jusqu’au voyage : le départ, l’expérience du voyage, le retour. Cette médiation passe par la communication d’écritures fragmentaires (publicité, média, guide touristique). Une médiation qui raconte l’expérience du voyage par le récit et passe par des énonciations (textes, photos, vidéos, forum, blog etc.) de l’espace parcouru qui en sont des écritures fragmentaires.

Partie 1 : Le tourisme est un secteur spécifique de la communication

Les guides et récits touristiques

Selon la distinction entre récit et discours (Benveniste, 1966), le récit s’actualise dans la narration. Le guide touristique est un commentaire, un dialogue, une explication, une argumentation, une énonciation où les références spatiales et temporelles sont nombreuses, alors que le récit, réel ou imaginaire, est construit d’événements vécus, témoignant de personnages, de la vie, de faits historiques et détaché du temps, saisi dans l’espace de la situation d’énonciation. Guides et récits se mêlent, le récit illustre le discours et peut intégrer des séquences de dialogue. Le discours guide une intention de construction entre l’énonciateur et son destinataire. Le récit est représenté donc interprété, il crée un monde (objets, personnages et actions), il est une quête de sens. Les guides touristiques construisent une histoire qui met en cohérence les objets du patrimoine par un guidage communicationnel sur l’espace, désignant, discutant et construisant l’image d’un territoire. Les récits en sont la représentation et l’interprétation de sens, racontant, reconstruisant et mettant en perspective le temps humain. Le récit est donc une médiation subjective, selon l’herméneutique de Ricoeur. Barthes oppose le « ça parle » qui caractérise un discours sans auteur au « je parle » qui serait le résultat de « cette longue opération à travers laquelle un auteur (un sujet énonciateur) découvre (ou fait découvrir au récepteur) l’irréparabilité de sa parole… » (Barthes, 1957). Le discours considéré hors de ses circonstances de production est en effet porteur de sens, mais d’un sens ouvert, témoignant de multiples voix (le “ça” de Barthes). Le discours considéré dans les circonstances qui l’ont produit est porteur de sens, encore pluriel, jusqu’à être filtré, organisé, ordonnancé, par le projet de parole de celui qui l’énonce (le “je” de Barthes). Les sciences du langage, au travers de Saussure posent la dichotomie “langue/parole”, dans laquelle la “parole” a un statut d’extériorité par rapport à la langue, puisque celle-ci est complètement conformée avant son utilisation comme parole. Dans les discours touristiques nous étudions les relations entre les énoncés et les conditions sociales dans lesquelles ils ont été produits. Le processus de communication consiste en une transaction de sens entre plusieurs partenaires liés, en partie, par une même finalité actionnelle, le sens est le résultat d’une co-construction et il ne se réalise pleinement que finalisé. Le guide touristique est la construction d’une signification, le récit touristique est la reconstruction d’une interprétation de sens. « D’un côté un partenaire qui se trouve devant le problème d’avoir à signifier, à certaines fins, un monde à l’adresse d’un autre, en le configurant (sens-forme) à travers un acte de discours. Il s’agit d’un producteur-metteur en scène. On l’appelle sujet communiquant. De l’autre côté, un partenaire qui se trouve devant le problème d’avoir à reconnaître, à certaines fins, un monde déjà signifié par un autre, en le décryptant (forme-sens) à travers un acte d’interprétation. Il s’agit d’un récepteur-décrypteur. On l’appelle sujet interprétant. » (Charaudeau, 1993). Les discours touristiques sont donc une configuration de sens réalisée au terme du processus de communication où les « conditions de réalisation » de ce processus, surdéterminent, en partie les deux partenaires (« ça parle ») dans le cas du guide, d’autre part du « projet de parole » propre à chacun d’eux (« je parle ») dans le cas du récit. Les opérations de construction du sens auxquelles se livrent, ces deux types de sujets dans le cas du guide et dans le cas du récit peuvent se présenter ainsi. Pour signifier le monde à l’adresse d’un autre, le guide, sujet communiquant « au nom de… », doit intervenir dans deux espaces d’organisation du sens : un espace de « thématisation » (identification, qualification, présentation de faits et actions, explications, opérations qui articulent sens et formes dans une sémiotisation du monde touristique) et un espace de « relation » (finalité de la communication, identités des partenaires de la médiation, situation, énonciation d’un ordre). L’ensemble donnant sens au discours touristique. Pour réceptionner le monde signifié par le guide, dans une finalité commune, le public en réception doit interpréter à partir des marqueurs, codes, signes… Il reconnaît le sens des mots et les instructions de sens (identification, qualification, présentation et explications) pour comprendre le discours touristique signifié. Il en reconstruit le sens implicite par son interprétation dans la situation. Les interprétations de ce monde touristique signifié sont diverses. Après son expérience de voyage réelle ou imaginaire, le sujet devenant communiquant peut faire récit. Cet homo narrans, « Je parle » expose à son tour à des publics cet évènement. Une approche où l’interprétant est la clef permet de passer de la réalité à la fiction. Selon la théorie de Greimas, tout message évolue, il est dynamique (Greimas, 1983). Toute image ou texte constitue un récit fragmenté. Le récit est une transformation entre deux situations : la situation de départ et la situation d’arrivée, qui s’achève par un retour à l’équilibre. On peut s’intéresser à la construction du récit de voyage d’un premier niveau : le récit possède structure et surface entre les deux situations temps du départ en voyage et temps de retour, il est dynamique, c’est le récit en action,  mais aussi sur un second niveau : les opérations logiques qui sont derrière le récit. Nous développerons trois approches pour appréhender la signification des discours touristiques : le niveau narratif à l’intérieur du récit, nommé « actants » (Greimas, 1970), il y a une syntaxe de la lecture : situation de départ et situation d’arrivée ; le niveau figuratif : lieu et action ; le niveau thématique : quelle est la logique contradictoire qui va articuler les thèmes de base ? Ce modèle actanciel part de l’idée que le processus de communication comporte un destinateur (un objet à transmettre, l’espace parcouru) et un destinataire (le lecteur du récit). Les trois axes en sont la communication (destinateur/destinataire, énonciateur/énonciataire), le désir (objet/sujet) et le pouvoir (adjuvant/opposant).

Le tourisme fait du voyage une pratique de communication (énonciateur/énonciataire)

Le récit de voyage oscille entre deux pôles : la littérature (car il s’agit de susciter le plaisir de lire) et le témoignage (dans la mesure où l’auteur prétend dire la vérité). Quelques caractéristiques apparaissent comme une vraisemblance. Le récit de voyage (même imaginaire) se présente comme document véritable. Il emprunte à la langue locale, croquis et photos attestent de la réalité des faits comme une présence du concret. Le récit s’accompagne continuellement de descriptions précises : nature, flore, faune, ressources, moyens d’échange, villes, personnages, autochtones. Il apparaît comme le reflet direct de l’expérience personnelle de son écrivain. Il commence par le départ et se termine par le retour, dessinant une boucle, le circuit touristique. Entre-temps, un certain nombre de séquences se succèdent : Le départ, voyage aérien, maritime et/ou terrestre, souvent interrompu par des escales ou des incidents de route. La découverte, exploration et description du lieu d’étape. Les scènes de rencontres. Le voyage de retour, fréquemment marqué lui aussi par des épisodes symétriques à ceux du voyage aller. Le retour au point de départ. Comme une réduction de l’étrange, les procédés utilisés pour faire comprendre « l’autre espace » sont l’opposition (l’ailleurs est le contraire de ce que nous connaissons) ou la comparaison-analogie (l’ailleurs ressemble par certains côtés à des choses que nous connaissons déjà.). Enfin, il faut souligner l’importance de la description : c’est elle qui permet de montrer les lieux, les personnes et les actes qui caractérisent les univers lointains du tourisme. La Topographie et le portrait sont des types de description très utilisés pour expliquer les espaces. Dans l’Antiquité, les périples des héros mythiques, comme Ulysse, ont servi de matière à des épopées, la forme sans doute la plus ancienne du récit de voyage. Le récit de voyage prend depuis diverses formes au travers du carnet de route (recueil de notes prises sur le vif), de la chronique (relation chronologique des événements), du journal (écriture au rythme quotidien) ; du rapport (compte rendu officiel destiné à une autorité, une administration, un organisme de recherche), de la correspondance (courriers produits au cours du voyage), d’autobiographie (le voyage est l’occasion d’une découverte de soi-même), d’un essai ou d’un grand reportage, d’un livre, d’un article ou encore d’un film…

Les publics ne sont pas homogènes, ils se différencient selon la part et le rôle que prennent les membres proches dans le traitement de l’information. En effet, les messages diffusés par les médias n’agissent pas sur l’ensemble de leurs destinataires de manière immédiate et directe. Ils sont relayés par des personnes (le bouche à oreille du tourisme) qui les retransmettent, les commentent, les adaptent, les interprètent auprès de leur entourage. Ces personnes étant des guides d’opinions, elles ont un rôle déterminant dans les processus d’influence jouant un rôle de média spécifique du tourisme. Ces personnes filtrent et répercutent, ce qui dans les médias spécifiques du tourisme se rapporte à des thèmes valorisés et/ou impliquant la communauté qui est la leur. Ces guides d’opinion prolongent ainsi les modes de sociabilité. Une source donnée atteint certaines personnes qui jouent le rôle de guide d’opinion auprès du public et de leurs proches. De là, des guides d’opinion en réseau secondaire vont dans le temps toucher un public plus éloigné selon un modèle d’infiltration par répercussion d’étapes en étapes.  Une source peut aussi atteindre largement le public qu’elle vise au travers de médias spécifiques. Ce public se tournant alors vers ses guides pour former son opinion. Ainsi, les guides d’opinion tirent leur efficacité de la proximité. Autant de lointains imaginés vont ainsi trouver leur confirmation. Telle est la médiation paradoxale des lointains (la star, le champion, le milliardaire, le héros) qui renvoie le destinataire au plus près de lui-même, où la distance (réelle ou imaginée) devient argument de proximité. La communication par les médias du tourisme est une boucle de renforcement qui n’apprend rien à son destinataire, se contentant de lui montrer ce qu’il croit déjà savoir. Le message était déjà là, porté par une culture qui l’avait rendu habituel et acceptable. Les guides de tourisme sont à ce titre les meilleurs descripteurs et utilisés traditionnellement pendant le voyage. Ils ont une fonction préparatoire au voyage ou encore une fonction de souvenir. Dans le premier cas (guide de préparation du voyage), on trouve notamment les ouvrages précis et rigoureux avec des informations factuelles à jour : ils servent à déterminer l’itinéraire, les visites projetées et servent aussi à budgétiser le voyage. Dans le deuxième cas (guide souvenir), on trouve des ouvrages comportant plus de rédactionnel, destinés à compléter la connaissance du territoire découvert lors du voyage, une iconographie plus riche, qui les met dans la catégorie des beaux guides illustrés.

Les tourisme fait du voyage une pratique désirable (objet/sujet) : Le guide touristique

On peut dater, environ, du milieu du XVIIe siècle la vogue du récit de voyage. Certes, les antécédents fameux ne manquent pas : Homère, Hérodote et Pausanias. Au Moyen Âge, alors que les récits de pèlerinage sont aussi nombreux qu’au XVIe siècle les témoignages sur l’Amérique, sont publiés en deux œuvres clés : Le Devisement du monde, dans lequel Marco Polo retrace le périple qui le conduisit de Venise jusqu’en Chine, et la Rihla d’Ibn Battuta, suite de récits de voyage qui couvrent et même dépassent l’ensemble du monde musulman au XIVe siècle. Dès 1650, le récit de voyage devient un genre à succès, en se structurant, il devient guide. « Les récits de voyage nous montrent que l’homme dans sa relation avec l’Autre  se construit un monde d’images pour rendre intelligible l’inconnu. Cette construction d’images se manifeste déjà chez l’enfant, qui oppose les gentils aux méchants et son espace connu (sa maison) à l’espace extérieur, immense et plein de dangers. Mais cet espace dangereux est en même temps source d’attraction. C’est dans cet amour ambivalent de l’inconnu que naît le désir de découvrir le monde. [ …] Les images et les représentations continuent de nous servir de repères avant et pendant nos voyages. Elles se présentent le plus souvent sous la forme de préjugés, de stéréotypes et d’idées fixes qui induisent un ensemble de comportements tels que le rejet, la peur, la méfiance, etc. Les voyages et les voyageurs qui nous importent ici sont ceux qui ont réussi à outrepasser ces représentations et sont parvenu à une nouvelle vision des choses. Nous verrons qu’ils sont infiniment plus rares que les voyageurs ratés. » (Gezels, 2001).

La production de guide, écriture fragmentaire par excellence, constitue la littérature de base en tourisme. Le guide contribue à véhiculer de l’exotisme (du grec exotikos, étranger) ce qui n’appartient pas aux civilisations de l’Occident, qui est apporté des pays lointains) de l’ethnocentrisme (tendance à considérer son groupe et sa culture comme supérieurs aux autres cultures) des préjugés (idée préconçue d’un voyageur par rapport à un pays, à une culture ou à un peuple), des clichés (phrase souvent répétée, banale) des stéréotypes (le stéréotype véhicule des préjugés sur un groupe. Il se caractérise par son manque de nuance et sa résistance au changement,  il est préconstruit et enraciné dans l’imaginaire). Le guide imprimé conduit son lecteur itinérant dans l’espace parcouru, répond à des contraintes d’usage du type introduction à la découverte de l’espace,  repérage sur le terrain, lectures de « points de vue » et situations permettant de résoudre les difficultés pratiques qui peuvent se présenter, le tout, en représentant au mieux l’espace de destination selon des valeurs préétablies. Ils proposent des références et des représentations à l’espace de destination en articulant différentes dimensions fragmentées (géographie, histoire, politique, économie, institutions, sociologie etc.). La réception et l’appropriation culturelle des guides est particulièrement visible dans la circulation suggérée dans l’espace, la connaissance et l’usage inventé de l’espace et les pratiques touristiques qu’ils contribuent à constituer. La lecture du guide permet une lisibilité de l’espace par des niveaux de lecture et des entrées fragmentées non linéaires. L’iconographie est le reflet de la représentation de l’inventaire du réel reproduit avec des déformations de l’espace de référence. Cette représentation est la matrice de l’espace inventé et des interprétations qui y sont conduites. Vivre une expérience, un déplacement physique, intellectuel et affectif et les refléter dans un texte constituent un double parcours où l’homo narrans joue un double rôle ou se construit une double identité : une identité personnelle : âge, sexe, éducation, vécu préalable, appartenance à une souche socioculturelle et une identité culturelle : conception de l’espace (dépaysement, patrimoine culturel ou lieu d’intervention), du temps, système de valeurs. Le touriste découvre les beautés naturelles et culturelles du pays et passe à côté de la vie des peuples. Pour le touriste, l’autre fait seulement partie du décor, au même titre que les paysages et les monuments. Le guide est pour lui une construction, un espace désirable. Son récit de voyage se double d’un récit de quête. « Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche » (Montaigne, 1595).

Les tourisme fait du voyage une pratique de normalisation culturelle (adjuvant/opposant) : La fragmentation des guides touristiques

L’approche dominante des guides est une approche par destination géographique. Cependant émergent des guides typologiques (la Collection Petits Voyageurs des Editions Milan, Ado-guide lancé par les éditions de la Martinière, inspiré de l’ancienne approche thématique plus fortement établie et consacrée à la restauration et à l’hôtellerie (Guide Michelin, Gault-Millau, le Bottin Gourmand). Les typologies s’élargissent (écologie, sports, religion…) selon les pratiques des touristes ou encore l’offre (Guide des vacances écologiques des Editions du Fraysse, Jardins de France des Editions Actes Sud, Séjours équestres édité par la Fédération nationale des Gîtes ruraux, Guides de campings, etc.). Ces guides sont vendus majoritairement sur support papier dans les librairies qui sont nombreuses à avoir un rayon spécialisé « Tourisme, voyages ». Les utilisateurs de guides n’hésitent pas à acheter plusieurs guides pour un voyage. De plus, l’usage en développent est d’acheter plusieurs guides pour la région où l’on habite, en vue de tourisme de proximité. La plupart des éditeurs de guides développent les supports électroniques en ligne, tout en n’abandonnant pas le papier qui a pour lui, d’être itinérant, mais qui présente l’inconvénient majeur d’être obsolète dès sa parution, notamment pour les renseignements pratiques. Le guide sur support électronique, notamment en ligne, est mis à jour instantanément. Il est particulièrement adapté à un public de niche, qui prépare activement son voyage, qui recherche des informations fiables et qui dispose d’outils informatiques. L’édition des guides touristiques s’intéresse de plus en plus aux nouveaux supports, notamment mobiles (éditeur internet australien Lonely Planet pour certaines grandes villes européennes, Guides audio Nouvelles Frontières, Guides Rouges ou Verts Michelin sur GPS). Le guide est à l’origine du concept des sight seing (obligation de voir ce qui doit être vu). Il dit les contenus d’un voyage. Les villes, monuments, espaces naturels y deviennent des sites à voir (sight) ou des stations à séjourner (resorts) selon une normalisation culturelle. Le touriste agit selon le modèle actant, le touriste-sujet par le guide exécute son contrat dans un programme accepté. Il se doit d’accomplir des épreuves : l’épreuve qualifiante où le sujet par son voyage fait une expérience qui le rend compétent, l’épreuve décisive où le sujet par son voyage fait une performance et l’épreuve glorifiante où le sujet par son voyage est sanctionné (réussite de l’épreuve). A ce jour, les objets principaux des guides de voyage peuvent être regroupés, selon moi, sous quatre typologies de normalisation :

- La pratique du repérage : itinéraire, transports, étapes par exemple ; on peut citer le Guide du Routard à couverture ornée d’un marcheur dont le sac à dos est un globe terrestre ; c’est le logo de la collection. L’illustration est de Solé. Cette collection de guides touristiques française est fondée en avril 1973 par Michel Duval et Philippe Gloaguen, dans le sillage des back packers’ guides américains et du célèbre Hitch-hiker’s Guide to Europe publié en 1971. La première collection de guide pratique pour voyageurs désargentés est née, en 1959, aux Etats-Unis sur l’initiative d’Arthur Frommer. Elle a ensuite inspiré les étudiants d’Harvard qui ont fondé les guides Let’s go en 1960 chez Hachette livre.

- La pratique culturelle : monuments, sites, curiosités, musées ; on peut citer par exemple les Guides bleus, guides de voyage Joanne, publiés en France à partir de 1841, sont par la suite cédés à Louis Hachette devenus en 1919 la collection des Guides bleus, ils ont longtemps été une référence en matière de guides culturels. À la fin du XIXe siècle, ils s’attachent aussi à décrire les sites naturels. La mise en page du guide a été revue : ajout d’illustrations, maquette plus aérée, insertion de couleurs… Son contenu a aussi laissé un peu plus de place aux sites touristiques : les repères et la présentation alphabétique des lieux permettent de trouver les sites culturels rapidement.

- La pratique gastronomique, dont le Guide rouge de Michelin fait référence. Il est consacré aux hébergements, hôtels et restaurants. Imprimé dans le plus grand secret, il fait l’objet d’un tirage semblant dépasser des ouvrages concurrents (pour la France : le Guide Pudlo, le Champérard, le Gault & Millau, notamment). En 2006, douze guides rouges citaient plus de 45 000 hôtels et restaurants dans toute l’Europe et à New York. Le Guide rouge pour la France a été vendu à quelques 30 millions d’exemplaires depuis sa création, et tire à 500 000 copies tous les ans. Il existe pour la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne et le Portugal, la Suisse, le Royaume-Uni et l’Irlande et les Principales villes d’Europe. Un nouveau Guide rouge est consacré à la ville de Tokyo. Et déjà huit restaurants ont été primés 3 étoiles pour 150 restaurants étoilés. Le premier restaurant chinois primé 3 étoiles du monde entier a été publié dans le Guide rouge pour Hong Kong et Macao en décembre 2008. Un autre exemple est celui des Guides Coup de cœur, nouveau concept de Michelin depuis 2003. Il s’agit d’une sélection d’hôtels et de maisons d’hôtes de charme. Un autre exemple encore est celui des Guides Gourmands, sélection de restaurants typiques et de boutiques, ne concernant que les régions de France. Cette collection a été lancée en 2003, avec le titre Rhône-Alpes.

- La pratique de découverte, comme la collection Guide vert se concentre sur la découverte du patrimoine naturel et culturel par région. Il est publié pour toutes les régions de France et pour la plupart des régions d’Europe. Il arrive qu’une région soit présentée sans tenir compte des frontières dans une logique de destination (le Pays Basque), ou qu’un ouvrage soit transfrontalier (Alsace-Forêt-Noire). Les Guides verts (couleur choisie pour leur couverture) ont remplacé en 1939 les brochures à couverture rouge dénommées Belles Routes de France. Le Guide Voyager pratique est une nouvelle gamme de guides touristiques, qui remplace la collection Neos, elle a pour but d’être plus pratique pour les voyageurs individuels. Le titre Voyager pratique paru en mars 2005 couvre le monde entier.

Le Guide escapade-Europe se concentre sur les courts séjours dans les grandes villes d’Europe. Il a le format de poche et fait découvrir des territoires touristiques ou des villes du monde.

Le marché des guides est très concentré, dominé largement par le trio Hachette-MichelinGallimard qui à eux seuls représentent environ 80 % du marché français. Des éditeurs de taille plus modeste se partagent le reste, par exemple Le Petit Futé créé à Nancy en 1976 par deux étudiants de HEC, Dominique Auzias et Jean-Paul Labourdette. Leur première idée : répertorier dans un guide touristique les bons plans de la capitale lorraine. Le Petit Futé est le créateur du concept de City Guide des grandes villes françaises et européennes.

Partie 2 : La médiation touristique ou la signification de l’espace en écriture frangmentaire

Le guide touristique signifie l’espace

Il semble que le premier type de guide touristique réalisé par les Autrichiens au XVIIIe siècle à l’attention des cochers et voyageurs soit anonyme, ce guide comportait une vingtaine de critères (caractère, maladies, mœurs) décrivant les nationalités différentes auxquelles ils sont confrontés. Ces extraits de guide étaient affichés sous forme illustrée de caricatures dans les relais et auberges donnant ainsi les clichés en vigueur à l’époque. En 1832, un libraire de Coblence en Allemagne publiait le Guide du Rhin comprenant des cartes précises, des descriptions de lieux, des informations sur les hôtels. Déjà, dans son introduction, le guide avertissait ses lecteurs en précisant que l’on doit « s’attendre sur la route, même avec le meilleur guide, à de l’imprévu, à quelques ennuis, et on aurait tord de perdre pour cela sa bonne humeur, sans laquelle on ne saurait jouir d’un voyage » (Guide du Rhin, 1832). Dès 1840, les guides connaissent un grand développement, en Angleterre avec le Murray, en Allemagne avec le Baedeker, en France avec le Joanne, accompagnant le développement industriel et les voies de circulation par les routes et les chemins de fer. En France particulièrement, la concession des librairies « de gare » à Hachette permettront rapidement de vendre des guides le long des axes de chemin de fer. En 1841, le Guide Joanne se propose « d’instruire et de séduire le lecteur qui prépare son voyage, qui a pris place dans le train et voit défiler les villes et leurs gares, qui peut se rappeler longtemps après, grâce à un volume annoté par lui-même, les lieux visités » (Nordman, 1986). Ainsi, déjà, le guide organise un avant, un pendant et un après, rompant avec les formules par ordre alphabétiques proches d’un dictionnaire au profit d’une présentation par itinéraire. En 1845, la fondation de la première agence de voyage Cook, augmente et diversifie le nombre potentiel des voyageurs participant dès la fin du XIXe siècle à la naissance d’une littérature touristique dans l’édition à grande diffusion sous forme de thèmes de voyages et d’une littérature spécialisée sous forme de revue (revue-guide pour automobiliste, Guide Michelin et ses cartes routières). En 1926,  Michelin publiera ses guides régionaux avec la figure emblématique du bonhomme Michelin, Bibendum. Le « guide » est un mot couramment employé pendant la seconde moitié du XIXe siècle. D’abord destiné à quelques amateurs sachant lire et décidés à suivre les conseils donnés. Ces voyages prescrits sont rares, dangereux, coûteux et demandent du temps. Le Guide Baedeker suit chemins et haltes au cours de randonnées, le Guide Joanne vante les chemins de fer du XIXe. Les guides des XVIIe et XVIIIe siècles décrivent des pays. Au XIXe siècle, les guides vulgarisent le voyage par la singularité et la richesse des renseignements, commentaires et analyses fournis. Au XXe siècle, en même temps que la multiplication des transports par terre, mer, fer et air, la vitesse accrue et les distances raccourcies,  on assiste à une diversification des guides rendant des terres accessibles et une spécialisation (hébergements, nourriture, sites…). Les transports, les écrivains, peintres, poètes vont permettre d’inventer le voyage en autant d’écritures fragmentaires. On va voir ce que l’on a déjà vu ou ce que l’on connaît, ce qui est déjà écrit… Montaigne, déjà expliquait la recherche des touristes dans un pays étranger : recours à des gens qui connaissent le terrain, indications de livres de référence et usages en matière culinaire. « Ces précisions qui figurent plus tard, à des degrés divers, et sous un format maniable dans les guides touristiques » (Nordman, 1986). Dans les guides touristiques on oublie souvent l’auteur au profit de la maison d’édition. Depuis les années 1950, la littérature touristique du guide n’a cessé de se développer, couvrant l’ensemble de la planète, donnant des informations de plus en plus précises cartographiées, fournissant des descriptions de monuments et de sites de plus en plus pratiques et illustrant avec dessins et photos couleurs… Dénonçant les guides existants lancés par Hachette en parallèle de son Guide bleu, Gallimard se positionne comme un guide de voyage différent, gagnant rapidement une nouvelle clientèle « pas comme les autres, pour ceux qui font la route hors des sentiers battus et n’ont pas le portefeuille des rentiers texans » (De Gaudemar, 1990). Dans la ligne du mouvement de 68, il propose une proximité avec le lecteur, une production de commentaires échangés et des adresses clés, des conseils pour son départ selon les transporteu rs, pour sa santé, ses contacts avec des phrases de base, des établissements où dormir, où manger et des types d’achats… « Le guide des freaks est devenu en un quart de siècle, le guide de toutes les générations. Un jour viendra où les parents et les enfants des ex-babas partiront à leur tour sur les chemins de Katmandou » (Trapier, 1998). Il restera positionné dans ses publicités sur le voyage hors des sentiers battus. Plus récent, le Lonely Planet, traduit et adapté de l’anglais, propose des thématiques comme le Guide citiz (séjours urbains), pour un tourisme responsable dont une partie des revenus soutien Greenpeace ou Amnesty International. Le Guide Lonely Planet étant aujourd’hui écartelé entre « la promotion d’un tourisme de masse et la dénonciation de ses effets pervers » (Latrive, 1997). Grâce à ces guides et cette littérature, le voyageur devient touriste et intègre des normes fragmentaires : Quoi visiter ? Où aller ?, A quelle heure se rendre sur un site ?, Quelle gamme ? Quel classement ? Comment gérer son temps ? Comment gérer son budget ? etc. Cette génération de touristes est décrite par « des êtres réfléchis, méthodiques, ordinairement portant des lunettes, doués d’une confiance passionnée en la lettre imprimée. On les reconnaît au manuel-guide, qu’ils ont toujours à la main. Ce livre est pour eux la loi et les prophètes. Ils mangent des truites au lieu qu’indique le livre, se disputent avec l’aubergiste lorsqu’il leur demande plus que ne le marque le livre. On les voit aux sites remarquables, les yeux fixés sur le livre, se pénétrant de la description et s’informant au juste du type d’émotion qu’il convient d’éprouver. […] Ont-ils un goût ? On n’en sait rien : le livre et l’opinion publique ont pensé pour eux. » (Taine, 1858). Le guide est réinterprété « reflet d’une idéologie du voyage qui n’est pas forcément celle du touriste, le guide est un adjuvant pas un ordre de mission » (Urbain, 2002).

Les guides touristiques papiers, premiers médiateurs de sens

Pendant plus d’un siècle, les auteurs de guides ont reproduit le Guide de Charles Estienne (1552). Au XVIIIe siècle, Pigagnol de la Force puis Reichard furent les modèles de guides. A partir de l’époque romantique, les références deviennent les grandes collections de Guides (Murray, Baedeker, Joanne) qui classent et authentifient des lieux qui méritent la visite, le voyage ou le détour. Le premier guide imprimé en France est Le Guide des Chemins de France de Charles Estienne publié à Paris en 1552 qui donnera lieu à de nombreuses rééditions et plagiats. L’année suivante en 1553 paraît Les voyages de plusieurs endroits de France et encores de la Terre Sainte, d’Espagne, d’Italie et d’autres pays. En 1579, Jean Bernard publie à Paris La Guide des chemins d’Angleterre sous forme d’itinéraires comme les précédents guides, celui-ci étant le premier guide français pour l’Angleterre. Puis vers 1591, à destinations de marchands et des touristes, Jacob Stoer publie à Genève La sommaire description de la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne avec un recueil des foires et des monnaies. Plus tard, les guides hésitant toujours entre masculin et féminin comme La Guide universelle de tous les Pays-Bas (17 provinces) plus la description de la ville de Paris du révérend Boussaingault en 1672, vont s’adresser plus spécifiquement aux touristes. Dès le XVIe siècle, les livres des postes du monde vont éditer des ouvrages avec itinéraires puis cartes. Deux ouvrages feront date en 1715 les 5 volumes de Piganiol de la Force, Nouvelle description de la France et en 1764 le livre avec son atlas et 13 planches de Michel et Desnos, L’indicateur fidèle ou Guide des voyageurs. Puis, dès 1800, les ouvrages abrégés de Reichard, dont Itinéraires de l’Europe et de Madame de Genlis, Le voyageur, seront des « guides à succès » car diffusés en français dans la langue de la culture en Europe, dont les éditions successives seront publiées par pays. Après Abrégé du Guide des voyageurs en Europe avec l’itinéraire des routes de poste et la carte itinéraire de l’Europe de Reichard, l’éditeur géographique Hyancinthe Langlois va publier sa propre version du Guide des voyageurs en Europe, puis Itinéraire de l‘Allemagne, puis en réduisant le Guide Ebel publie Voyageur en Suisse. Il est le premier à constituer une collection systématique de guides. Sur le modèle des Itinéraires de Reichard en série, les guides anglais vont voir le jour Samuel Leigh[1] ou Galignani[2]. Une deuxième génération de guides après les guides John Murray, Handbooks (principe piraté par Louis Maison), Baedeker, Hachette/Joanne, la France est marquée par les Guides Richard[3], l’Angleterre par les ouvrages d’Edwin Lee et Francis Coghlan seront rapidement moins chers car utilisant le cartonnage industriel (Maison, Hachette et ses cartonnages de couleur bleue, Murray et ses cartonnages de couleur rouge, Chaix, Baedeker et ses cartonnages de couleur jaune puis rouge une collection concurrente de Murray, Bradshaw, Black en cartonnage vert, Grieben en cartonnage rouge, Meyer, Conty, Cook…). Rapidement, la concurrence est rude et les thèmes des guides se diversifient. Hachette débute les premiers guides français en 1853 avec la Bibliothèque des chemins de fer sur la base des Guides Bourdin premières lignes de chemin de fer (racheté à la famille Chaix) et itinéraires fluviaux. Hachette rachète Maison en 1855 et conserve les cartonnages bleus puis développe en 1857 la collection des Guides Joanne s’imposant comme le premier éditeur de guides touristiques en France. Les Guides Hachette-Diamant en cartonnage vert reprise des Guides Joanne et les Guides Conty à même contenu, aux textes plus petits et moins chers vont s’imposer comme guides français. Les guides touristiques du XIXe siècle conduisent un tourisme cultivé. Les premières publications des premiers guides touristiques par une élite sociale laisse la place à des guides touristiques professionnels. Leur investigation de l’espace par la vue provoque les émotions du voyageur. Ils orientent les goûts vers la découverte des paysages et des horizons d’émerveillement, vers les imaginaires d’expédition qui valorisent l’itinéraire choisit, vers le plaisir de la lecture des textes incitant à la rêverie, constituant un nouveau pan de la littérature d’aventure. L’usuel est né permettant d’organiser son programme autour de parcours et d’épopées historique et mythologique avec toutes les recommandations utiles (passeports, changes, monnaies, distances, usages, nourriture, hébergements, curiosité etc.) et commodités des transports, les hiérarchies de ce qui mérite d’être vu (astérisque, étoiles classement) et les émotions que l’on peut attendre de la découverte de ces espaces. Peu à peu les guides privilégient le gain de temps pour réussir son voyage en sélectionnant circuits, routes, rail pour un espace de circulation plus direct qui laisse le temps au temps sacré du regard (panorama, point de vue, paysages, pittoresque, spectacle humain) et à l’accumulation de connaissances pour identifier les lieux. Cette sélection construit une culture des manières de regarder, de s’informer et de s’instruire mais ne laisse pas de place au présent. Le voyageur revit une genèse, cultive le goût du passé, des temps immémoriaux et de l’histoire du monde. Le voyage est un retour aux sources. Les arrivées plus massives des touristes sur des lieux guidés s’organise au XXe siècle entrainant une perception de ces « nouveaux touristes » comme irrespectueux des sites à regard sacré. Le voyage qui imposait de collecter des souvenirs et de se recueillir sur la mémoire s’est vulgarisé. Les touristes se familiarisent avec le voyage autant qu’avec ses guides. Les guides « classiques » vont chercher à séduire et faire évoluer leur image de manuel érudit et passéiste proposant des visites et itinéraires standardisés. Le Guide bleu se réforme en 1975 proposant ce que l’on peut attendre d’un voyage. Selon la diversité des lecteurs certains éditeurs vont privilégier les informations culturelles, les renseignements pratiques et les styles des publics : Guides des Cinq Continents pour le grand public qui voyage en individuel, Guide Voyage Conseil pour le grand public qui voyage de façon organisée, Guides en Jeans pour le public en milieu urbain, Guides du Guide Joanne avec des astuces en poche, Guide Michelin rouge qui évolue des itinéraires automobiles et touristiques à un guide gastronomique, aux Guides Michelin régionaux avec carte routière et au Guide vert pour un tourisme populaire, Guide du Routard[4] du baba globe-trotter…Ainsi, les guides sont le reflet des mentalités en nous informant sur notre vision de « l’autre », révélant ainsi qui nous sommes, quelles normes et quelles valeurs sont en vigueur à un moment donné dans notre culture. Les guides sont donc des « révélateurs de ce que nous sommes autant de ce que sont les autres, les guides, carrefour de l’interculturel, pourraient être un fertile terrain de réflexion pour l’ethnologue autant que pour l’historien des mœurs » (Pecassou, 1996). Aujourd’hui, l’idée qui sous-tend l’ensemble des publications est celle de ne jamais être pris pour un touriste. Le guide touristique est un condensé de pratiques sociales, de valeurs et de jugements d’une époque donnée. Les guides actuels ont une fonction d’introduction à un nouvel espace, à une culture a priori inconnue. On y trouve une mosaïque de connaissances dans laquelle les populations locales se reconnaissent rarement. Les documents d’appels et la presse spécialisée sont les diffuseurs. L’indicateur ou le marqueur, markers (Dean Mac Cannell, 1976) in situ va devenir la signalétique et l’information touristique. « Mais un guide (fûhrer en allemand) donne aussi du monde une image bien spécifique en accord avec les modes de pensée surtout politiques des auteurs. Le guide incite aujourd’hui au tourisme éthique, le guide nous invite à bien nous conduire… En prétendant nous faire sortir des sentiers battus, les guides disons post-modernes ou décalés ou sur mesure nous lancent sur les autoroutes de l’information PC, politically corrects. Et d’une manière très orwellienne tous ceux qui se flattent de voyager par eux même achètent le même guide conçu comme un sketch des Monty Python : plus je cherche à me distinguer des autres, plus je ressemble à tout le monde. Tel est le génie malin de l’individualisme […] Plutôt que les destinations, il faudrait recommander les contre-destinations. Et si les guides peuvent avoir une utilité, c’est de détourner l’attention du chaland, comme l’escroc aux cartes. Il faudra se méfier du Sud, de la plage, de la montagne, du temple untel, de tout ce qui attire l’attention, vaut le voyage, mérite le détour, pour reprendre l’incomparable prose du Guide Michelin » (Bonnal, 2002). Le guide touristique n’est pas une production littéraire comme les autres car elle est fragmentée dans ces contenus car elle donne des informations précises sur les distances, les temps de parcours, les adresses des auberges, hôtels et relais, les tarifs, les moyens de transports pour effectuer les déplacements etc. Plus un guide est précis et plus il sera périmé rapidement. Le guide est pratique et précis mais son texte implique des révisions fréquentes. Le développement des guides va développer le goût de l’aventure et de l’expérience du voyage un peu anticonformiste et s’accompagnent du développement des moyens de transport (auto-stop, mobylette, train-omnibus, taxi-brousse, gondole, pirogue, charter). Voyager devient militer contre une normalisation du temps de voyage sur les bases d’une consommation touristique présentée par les guides. Certains guides vont devenir une forme de travail collectif de renseignement rendant le touriste actif. Le touriste va se concentrer sur les curiosités et les goûts pour la tradition menacée ou l’anticonsommation de masse loin de « l’attrappe-touriste ». Le guide va s’intéresser à la vie quotidienne et à la manière de s’y intégrer, il diffuse en masse une manière de voir partagée par les autres touristes mais sans eux. Le guide s’affranchit du récit de voyage (perte de l’emploi du « je » pour « on ») au XIXe siècle (Guide du thermalisme, Guide de la montagne). Ainsi s’installe en 150 années les guides qui plus qu’un livre ont développé une culture touristique commune aux européens. Des guides différenciés se vendent ainsi que des visites guidées avec des audioguides ou des personnels guides spécialisés. Les guides un peu plus tard vont s’adapter au découpage des temps de loisirs dans la société et proposer des courts séjours, des escapades, des week-ends… aux âges (enfants, jeunes, séniors) en proposant de plus en plus de destinations où dépenser son argent (shopping, boutiques, bons achats à faire) en incitant à l’excursion dans les espaces visités avec un sentiment de prise de risque, en amenant le touriste aventurier jusqu’à l’incursion. Le guide deviendra un outil de promotion publicitaire. Le touriste des guides est un migrant ni déraciné, ni exilé. Les souvenirs qu’il collecte et rapatrie deviennent des signes de culture réduisant frontières et distances entre les cultures, permettant de constater l’inéquité et l’interdépendance du monde. L’espace guidé est un espace signifiant d’une réalité que l’on tente de définir. Le guide sur support électronique, notamment en ligne, a pour lui d’être mis à jour instantanément. Il est particulièrement adapté à un public de niche, qui prépare activement son voyage, qui recherche des informations fiables et qui dispose d’outils informatiques performants. L’édition de guides touristiques s’intéresse de plus en plus aux nouveaux supports, notamment mobiles.

Partie 3 : L’énonciation du tourisme et la construction du sens

Les types de fragmentation du guide touristique

Des relations entre l’utilité et le pouvoir prescripteur

Il est difficile pour un site de se faire connaître par les touristes. Beaucoup de choix s’offrent à eux, et dénicher les bonnes adresses pour un séjour n’est pas simple. C’est alors que les guides et médias prennent toute leur utilité. Les émissions et reportages présentés à la télévision vont aussi avoir des impacts non négligeables sur la popularité de telle ou telle destination, de tel ou tel site touristique. Aujourd’hui, dans l’ère où l’information prime, on souhaite connaître la petite histoire du site touristique que l’on choisit ainsi que tout autre petit détail croustillant. Les guides ont certes une influence sur les intervenants du tourisme, les grandes villes par exemple sont plus largement « couvertes » que d’autres territoires, les guides de voyage ainsi que l’information disponible sur Internet s’avèrent donc de meilleurs médias que les critiques journalistiques. Les médias participent aussi à la découverte de site touristiques et destinations. De nombreux articles ont été écrits sur les capitales européennes par exemple, et ont contribué à leur notoriété. Mais l’impact de ces images et discours touristiques est difficile à évaluer parce que trop variable d’une fois à l’autre. Pour certains sites touristiques, il provoque un changement durable sur la renommée, alors que pour d’autres l’effet est court et s’éteint une semaine après la parution de l’article. Il est rare d’ailleurs qu’une seule critique fasse la réputation d’un site touristique, il en faut généralement plusieurs. L’impact des mentions dont pour exemple les heureux détenteurs d’une à trois étoiles des Guides Michelin, augmente de 30 à 40% en moyenne la fréquentation. Cela amène également une plus grande régularité dans l’achalandage en remplissant les salles à manger autant en semaine qu’en période de pointe. Depuis que le restaurant l’Astrance à Paris a obtenu trois étoiles Michelin, il y a trois mois d’attente pour pouvoir faire une réservation ! Dans les guides de voyage l’impact est plus durable, tout comme la durée de vie du média. Enfin, outre les critiques et les mentions, la qualité offerte par le site touristique est cruciale pour sa réputation. Elle ne doit pas seulement être constante, mais sans cesse renouvelée pour suivre les goûts qui changent.

Enjeux de crédibilité et de légitimité

Reconnaître l’influence des critiques et des guides soulève néanmoins la question de la crédibilité et de la légitimité de l’information. Quoique la plupart des destinations s’entendent sur le fait que les médiateurs sont des journalistes suivant une éthique de travail stricte ou des rédacteurs de guide attentifs, on admet aussi que tous ne sont pas nécessairement sérieux et professionnels. N’importe qui peut s’improviser médiateur ou rédacteur de chroniques. Il y a aussi lieu de s’interroger sur la façon dont les éditeurs de guides de voyage choisissent leurs auteurs ainsi que les sites touristiques qui seront visités. Dans un autre ordre d’idées, il est possible de « se payer » une renommée. Outre la vieille méthode du pot-de-vin, qui peut ici être comprise au sens littéral, on peut citer l’exemple de Las Vegas qui a fait venir les plus grands chefs pour se doter d’une réputation de destination culinaire. Lorsque les critiques ont été écrites par intérêt, l’impact est moindre ou éphémère parce que peu ancré dans une tradition.

Internet bouleverse l’effet média

La question du recul des guides « papiers » au profit de l’Internet doit être soulevée. Les amateurs de voyages rédigent d’intéressantes critiques sur le Web et sont généralement plus à jour. On peut toutefois rester sceptiques quant à la validité des commentaires des touristes qui foisonnent sur Internet. On semble néanmoins parvenir à l’équilibre avec une formule mixte, comme les critiques professionnelles, rédigées par des journalistes qui donnent également la voix aux lecteurs et qui peuvent inscrire leurs propres commentaires. Le lecteur peut donc lire différents avis sur un site touristique et se faire sa propre idée. Finalement, bien que l’on trouve de bonnes et de mauvaises informations sur le Web, c’est la masse critique qui peut générer la qualité. Comme d’autres domaines on voit naître une intelligence collective. Entre une couverture inégale du territoire et du type de séjours, quelques doutes sur l’impartialité de certains auteurs et l’arrivée du Web participatif, la mesure de l’impact des médias sur le tourisme est difficile.

Ecritures fragmentaires du tourisme

Le pragmatisme de Peirce s’appuie sur deux idées force car il est une règle d’interprétation déterminée par les effets pratiques. Il est entièrement issu de la logique formelle et il considère que « toute pensée est un signe » (Peirce, 1987). Ce qui revient à dire que tout objet devient signe pour quelqu’un et de ce fait revient à dire que l’on passe par un processus de clef culturelle qui transforme l’objet (l’espace parcouru) en un autre objet qui donne du sens (le récit du voyage).

- fragmentation en sites : lieux symboliques et identités

Le site est un paysage considéré du point de vue de l’aspect, du pittoresque, de l’esthétique. Emplacement et situation à la fois, le site est l’espace où le pouvoir et l´identité sont médiatisées par des symboles. Un symbole étant une réalité matérielle (un village, une falaise, une plage etc.) qui communique quelque chose d´immatériel (une idée, une valeur, un sentiment…). Le site devient par définition un lieu symbolique, à la fois porteur de pouvoir dans l´ordre spatial et porteur de l´espace dans l´ordre du pouvoir. Les médiations symboliques entre ces différents ordres de la réalité se produisent et se comprennent uniquement dans le contexte où elles apparaissent. Un site peut être considéré comme « symbolique » dans la mesure où il signifie quelque chose pour un ensemble d´individus ; ce faisant, il contribue à donner son identité au groupe.

- fragmentation en objets : figures, monuments, curiosités

L’objet est toute chose qui affecte les sens et en particulier la vue. La matérialité de l’objet, en particulier en ce qui concerne les symboles spatiaux, ou lieux symboliques se retrouve dans l’apparence, la forme extérieure qui caractérise, l’ouvrage d’architecture ou de sculpture qui passe à la postérité. Comme tous les signes, les symboles signifient, c´est-à-dire qu´ils portent le sens qu´un individu ou un groupe leur prêtent. Mais à la différence des autres signes, les symboles sont reconnaissables à une particularité : ce sont des réalités concrètes, des objets ou des actes physiques, dont l´existence factuelle est relativement indépendante des significations qu´on leur donne. Cela différencie les symboles touristiques d´autres signes, comme les mots ou même certains objets dont l´existence est entièrement associée à leur fonction de signe.

- fragmentation en parcours : les sites sont découpés en itinéraires

La production de parcours symboliques puis celui des pouvoirs qui construisent des itinéraires. L´enjeu est celui de la définition des identités. Dans la mesure où le lieu symbolique est l´instrument d´une communication, il implique une communion sociale autour d´un sens partagé et définit ainsi le groupe qui communie et communique. Le type de pouvoir qui domine dans les processus d´élaboration d’itinéraires symboliques et des parcours entre eux contribue à l´identification de la société, soit comme une communauté de croyants, soit comme une nation de citoyens, soit comme un marché de consommation ou un bassin touristique.

- fragmentation en point de vue : l’objet espace est lui-même fragmenté

Le point de vue est la position qu’adopte un narrateur pour conduire son récit. C’est l’optique que le narrateur a choisi pour présenter les éléments du récit au lecteur. Le point de vue peut varier au cours d’un même récit. Le point de vue est le regard guidé du territoire, le lieu d’où l’on regarde, les endroits d’où l’on voit le mieux.

- fragmentation en modes

Les formes particulières dans lesquelles se présentent les énonciations fragmentées du phénomène touristique atteste d’une très grande diversité des modalités comme les carnets de voyage, la carte postale, les sons, les images, photos, vidéo, écritures, données, réseaux sociaux… qui aident à reconstituer le sens et donner signification singulière à cet espace touristique découvert. Les manières d’en faire le récit sont extrêmement diverses.

- fragmentation de temps

Le temps est un milieu homogène dans lequel se situent les êtres et les choses. Notre temps est fragmenté par opposition au temps de travail, temps libre, devenu temps de loisir quotidien ; dans l’année en temps de récupération nommé temps de vacances ; organisé selon notre culture et notre histoire en petites séquences de fin de semaines et jours fériés…

Le récit de voyage raconte l’avant, le départ ; pendant, l’expérience du voyage ; après, le retour et il reflète les fragmentations de temps (vacances : un temps autre que celui du temps de travail ; vacances scolaires : un temps autre que celui du temps d’école ; loisirs : temps libre du quotidien ; week-end : temps de loisirs ou de tourisme ; jours fériés : temps socio-culturels (religieux, acquis sociaux, commémorations… ; tourisme : expérience du déplacement dans un temps et un espace autre que celui de son quotidien ; tourisme d’affaire : un temps de travail en déplacement ; incentive : tourisme de stimulation dans un cadre d’entreprise etc.) telle qu’on peut les appréhender pour donner du sens à l’espace.

Pendant le voyage, les guides fractionnent les discours en temps de déplacement, en temps de séjour (découpage jour par jour), en temps séquencé de réservation (souvent séjour de samedi à samedi), en temps de séjours saisonnalisés (hors saison, basse et haute, intersaison), en temps de vécu, en temps de relations et d’échanges, en temps de découverte, en temps de convivialité, en temps de visite, en temps de shopping… Ce nouveau rapport au temps permet d’articuler la signification à l’espace de créer des passerelles.

Conclusions

Le guide et récit de voyage sont une forme spécifique de la communication. Le guide et récit produisent un signe. Le signifiant en est l’espace touristique, le site. Le signifié en est l’identité. Une identité singulière au travers du désir du sujet, une identité collective au travers de la culture. La référence du signe est le voyage en tant que processus, l’imitation et la médiation du tourisme au travers du récit de voyage, énonciation de l’espace touristique.

Les évolutions des techniques et technologies du voyage affectent la représentation de l’espace. L’expérience de la vitesse y amène des sensations et perceptions nouvelles qui modifient le regard et l’objet regardé. Les espaces y sont fragmentés et éclatés dans des repères variables de circulation incessante, nouvelle perception et diffusion de l’espace, des formes et modalités du voyage. L’énonciation permet de créer le changement et la construction du sens. Bon nombre de récits comportent un instant de désarroi, prélude à un tournant, un instant où l’on en arrive à se dire « qu’allons-nous faire ? ». Au vu de tous ces récits, il semble que cela soit tout à fait normal et qu’il s’agisse d’une bonne chose. Cela peut indiquer que le changement est souvent précédé d’un moment désagréable ou difficile. Le guide et le récit sont des énonciations fragmentées. Le sens repose sur la réciprocité de la fragmentation (description, narration) et permet une découverte perpétuelle. Cette contribution pose quelques bases sur l’écriture fragmentaire et  certainement la nécessité d’ouvrir une recherche.

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POLO M., XIIIe siècle, Le dévissement du monde, Paris, Gallimard, 1998.

MONTAIGNE M. De 1595, Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse & l’Allemagne en 1580 & 1581, Avec des Notes par M. de Querlon, Edition Meusnier de Querlon du journal rédigé en route et non repris par Montaigne, Le Jay, Rome et Paris, 1774.

VERNE J. Anthologie, 1863, Cinq semaines en ballon, 1863-1919, Voyages extraordinaires, 1864, Voyage au centre de la terre, édition Hetzel.


[1] New picture of London, Road Book of England and Wales, Scotland, Ireland…

[2] Guide through Italy with Information for Travellers on the Continent, New Paris Guide…

[3] Pseudo de Jean-Marie Vincent Audin souhaitant poursuivre la collection Reichard.

[4] Fondateur du Guide du Routard, Philippe Gloaguen propose un guide de poche pour petit budget aujourd’hui de budget classe moyenne.

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