Accueil / Sémio_2010 / semio_2010 c-i / Le fragment est une forme pour l’architecte – Catherine DESHAYES

CRH / LAVUE – UMR CNRS 7218

École nationale supérieure d’architecture de Paris-Val de Seine

Résumé de l’article : L’esquisse architecturale, qui est un type de dessin particulier, permet à l’architecte de « visualiser » une solution mentalement construite. Ces formes, même très schématiquement représentées, sont dotées de significations architecturales. Elles simulent déjà pour le concepteur l’objet futur et lui permet d’agir sur ces figures planes (Boudon, Pousin 1988). L’esquisse, à ce stade, est un fragment d’abord conçue comme trace mémorielle d’un lieu ou encore d’une idée qui s’adresse en premier à son auteur.

Mais alors, quel sens ou cohérence peut avoir cette esquisse-fragment pour un architecte ou pour celui qui la regarde ? Selon le moment dans le processus ce fragment doit-il être contextualisé, décontextualisé ou recontextualisé ? La sémiose référentielle ou l’architecturologie de P. Boudon sont des pistes possibles.

Introduction

Ce travail est centré sur un moment spécifique de l’esquisse qui concerne un type de dessin particulier (J.-P. Epron, 1995) que certains architectes utilisent en début de projet. Ces dessins d’esquisse font partie intégrante de l’élaboration et du processus de conception architecturale. Chaque dessin est alors le support des représentations, des visions de l’architecte à l’instant de son élaboration. Présent à toutes les étapes du processus, il est en devenir, parfois stabilisé mais jamais fixé. Il reste toujours négociable ou re-négociable, dépendant des contingences de l’ici et maintenant, des émotions et du rôle interactif de celui qui regarde, du « spectateur » (l’architecte) qui, en percevant et en comprenant l’image, la fait aussi exister (Gombrich, 1959) ou exister autrement. Pour l’architecte, l’esquisse est une production graphique non achevée, non détaillée, non finalisée.

Dans ce processus, c’est un moment très précis qui va retenir notre attention et intéresser plus particulièrement notre propos : il s’agit des premières esquisses. « Projetation » des premières idées où souvent seuls quelques traits principaux qui pourraient paraître approximatifs et imparfaits, caractérisent en fait déjà l’objet. Synthèse très schématique d’impressions, voire de sensations, d’idées, etc., le dessin est le résultat d’une élaboration discursive liée à la pratique du projet.

1-. L’esquisse initiale, un fragment particulier

Classiquement, le fragment est un reste d’une chose cassée ou perdue qui par ailleurs est entière. Ce peut être aussi un morceau détaché d’un ouvrage inachevé ou en cours d’élaboration. A partir de ces éléments ou parties une (re)constitution peut se faire, sorte d’énigme à résoudre qui nécessite de posséder les codes d’interprétation que permet la connaissance des spécialistes qualifiés. Le fragment admet alors une réduction postérieure à une décontextualisation et point de départ d’une reconstruction (recontextualisation) et entre les deux, la construction passe par une contextualisation .

Concernant notre propos, le dessin d’esquisse, à ce stade d’avant projet, si schématique qu’il puisse paraître, permet à l’architecte de « visualiser » – c’est-à-dire rendre visible et extérieur des idées conceptuelles ou une solution mentalement construite ou élaborée – en un schéma souvent très succinct ou par des formes simples et différentes : un trait, un cercle, une boule, un arc, un carré ou encore un triangle, etc.

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Fig. 1 : exemple de représentations graphiques en début de projet, dans l’ordre du tracé

Ce dessin est une représentation synthétisant une totalité (de pensée) qui ne peut s’exprimer autrement à l’instant t.

En ce sens, ce dessin significatif est considéré comme un fragment qui permet de rassembler dans une seule expression, souvent simplifiée mais possible, une complexité de pensée. Cependant, ce dessin répond à une précision de pensée propre à son auteur.

C’est une schématisation qui opère une réduction de la complexité de l’objet pensé en n’en présentant que les informations jugées pertinentes selon une codification établie par l’architecte.  Cet objet inter­médiaire même initial n’est cependant pas une non-forme ou un objet encore informe, il a déjà des contours et un volume déterminé par les idées qui portent le projet, même si cela paraît sans doute, encore grossier et n’a pas la précision du rendu final, c’est encore un objet en devenir. Ici l’objet in-forme et épuré, matérialise un complexe d’idées. C’est dans la concentration et la concaténation de l’évident et de l’adéquat qu’il faut comprendre le schéma. C’est une réduction de la pensée à l’essentiel et au pertinent dans un temps réduit sous-tendu par l’intention de saisir un maximum d’informations à un instant donné. Parallèlement, la réduction du temps et la perte de précision dans le dessin permet cette concentration à l’essentiel de la pensée. Par ailleurs, le flou et l’imprécision de la forme permet ou laisse une ouverture pour une complétude à venir.

Ce fragment n’est pas reconnaissable tel quel, il est une trace, une essence représentée de l’idée d’un projet et d’un objet plus vaste et global.

L’esquisse à ce stade, est une simplification d’une représentation de l’essence ou de la substance d’un objet qui devra être réinterprété. Ce dessin-fragment exprime à la fois davantage que son graphisme et nécessite des connaissances pour l’interpréter.

2- Le fragment inachevé, énigme à interpréter, recontextualisation

Communément, en se référant au « Petit Robert », le fragment porte à la reconstruction mais il doit être reconnu et validé par des spécialistes. Ceux-ci vont alors s’approprier l’énigme et partir à la quête des traces qui vont susciter la narration et l’interprétation. Il s’agit alors de décrypter la signification, l’histoire, le sens et les liens possibles de ce ou ces morceaux pour retrouver l’entité dont il est le composant.

Concernant le travail d’architecte, le dessin est la trace de l’action induite par la transcription, la transformation et la traduction de l’idée (le dessein). La schématisation de cette représentation mentale est le dessin simplifié qui est induit par un modèle mentalement finalisé. Cette « modélisation » est la résultante d’opérations mentales des processus cognitifs et affectifs, non visibles dans l’action et qui sous-tendent cette unicité de l’objet. Nous parlons bien ici des dessins préliminaires et non du projet qui ne peut en aucun cas être réduit à une synthèse, car il répond à d’autres exigences et processus.

L’empirisme de la démarche pose principalement le problème de l’interprétation et du référent.

Le dessin et l’image mentale qui lui est sous-jacente, évoquent une configuration matérielle absente mais mentalement présente pour l’architecte. La représentation particulière que constitue le dessin d’architecture, en tant qu’image : « Le propre des idées architecturales est d’être concept et percept à la fois » (De Porzamparc, 1993).

Le parcours génératif permet de comprendre le processus de signification porté par ce fragment : c’est en se référant à un faire antérieur que rétrospectivement il est possible d’approcher et de considérer les enchaînements.

Cette concaténation n’a pu advenir que par un travail initial de décontextualisation  de l’environnement du projet, une déconstruction du programme et du lieu (pour ne citer qu’eux), pour un arrêt sur une forme stylisée d’une image ou d’un « graphisme » impossible à représenter ou à achever dans l’ici et maintenant, mais qui est par là même l’élément déclencheur d’une construction future plus complexe. Sorte de pensées-image, cette forme schématique concentre en elle toute l’essence (l’idée) du projet à venir. C’est un instantané manuel d’une promesse de projet. Image forte et juste qui incarne l’idée d’une complétude et la promesse d’une représentation qui aspire à être « finie et plus achevée » de l’œuvre (Basbous, 2005).

3- Espace de conception architecturale

a) déconstruction et re-construction

Pour arriver à former cette entité mentale, l’architecte, dans un premier temps, a dû, sur la base des données du programme, déstructurer, déconstruire chacune des entités en éléments fragmentaires puis secondairement, les  réunir dans une pensée plus globalisante qui retient le pertinent et qui doit trouver son expression dans une forme souvent  unique, schématique et singulière. Celle-ci devant, par la suite stimuler et autoriser l’imagination, donc tenir toute la potentialité d’une reconstruction ou mieux d’une réadaptation liée à cette forme mentalement présente, « apprendre à voir c’est désapprendre à reconnaître » (Lyotard,1985). Cette esquisse de l’avant-projet nécessite bien cet acte antérieur.

Il ne s’agit donc pas d’espace réel du bâti mais d’une réalité de représentation de cet espace qui n’est pas à proprement parlé géométrique (ce n’est pas une projection mathématique). Le dessin d’architecte est avant tout un outil d’analyse, de conceptualisation et finalement de projection (Estevez, 2001) de ces idées émergentes ou de cet objet en devenir.

Le terme d’esquisse architecturale varie souvent avec la finalité visée par l’architecte. C’est bien d’ailleurs là toute la difficulté du terme : l’esquisse, évoque une configuration matérielle absente mais qui représente à la fois l’objet de l’activité du concepteur et l’instrument par l’intermédiaire duquel celui-ci construit l’objet. Michel Denis (Denis 1989) souligne toute l’ambiguïté de ce terme, source de malentendu car il désigne à la fois le processus et le produit ou le résultat du processus, entrelaçant de fait étroitement une sémiotique de la production et de l’interprétation : l’image véhicule à la fois la signification et la communication.

La représentation graphique est alors la trace ou l’empreinte de cette forme absente qui va agir comme révélateur d’une autre entité.  C’est bien à partir de cette forme floue que l’architecte peut embrayer.

b) temporalité et sens

Dans ce cas d’esquisse, l’énonciataire et le locuteur sont confondus, la forme dessinée signifie pour l’architecte une forme plus complexe et dont la lecture et le sens lui sont accessibles à partir de cette image. La représentation visuelle du signe tétradique de Klinbenberg représenté par un rectangle ou un carré ouvert, suit un parcours du stimulus, du signifiant, du signifié et du référent. Ce parcours référentiel (Hebert, 2006) ne permet pas un lien direct entre le stimulus et le référent. Dessiner c’est manifester à autrui (qui d’abord est soi) la manière de penser cette forme, c’est associer des contenus de pensées avec des expressions.

Cette sémiosis est une opération qui rassemble le physique et le conceptuel pour une in-formation de la matière. Mais alors, selon le moment, ce dessin-fragment ne concerne pas le même objet d’étude. Car si le premier intéresse la mise en évidence d’une pensée, le second se construit ou s’élabore à partir d’un existant représenté et contraint à une sémiosis inférentielle (Marty, Marty, 1992). Ainsi, selon la temporalité, la visée de ce dessin d’architecte diffère bien.

Le fragment s’élabore bien dans une temporalité : c’est une lecture de l’espace dans un processus de signification à un moment donné. Chaque fragment-esquisse est un ou des espaces de pensée et de conception qui doivent être considérés comme des espaces conçus dans une continuité de lecture. A la différence de la sémantique des linguistes, le fragment en architecture ne se résume pas au seul segment mais invite à un parcours dans l’espace. L’important est de saisir ce parcours, le reconnaître et le qualifier. L’interprétation est alors nécessaire et dépendant du processus de conception qui l’a sous-tendu.

3- Interprétation et reconstruction

Pour saisir ce parcours, la sémiotique de l’architecture peut être mise en regard de l’architecturologie.

a) La sémiotique de l’architecture (les niveaux de composition)

La sémiotique de l’architecture étudie l’architecture en tant que système de signification et s’étaye généralement sur le bâti. En effet, la sémiotique de l’architecture considère fréquemment l’édifice construit comme point de départ de ses démonstrations. Cependant, dans notre démarche nous ne nous appuyons pas sur un objet physiquement existant et construit. Notre réflexion s’élabore principalement à partir d’une image qui est une trace et l’extériorisation d’une pensée liée à une intention encore mentale.

L’objet physique est donc dans notre cas cette représentation graphique qui est étroitement attachée à une démarche architecturale. L’activité de l’architecte est liée aux pratiques de l’architecte, aussi, cette activité saisie comme activité sémiotique doit prendre en compte ces pratiques productrices de significations.

Cette forme correspond bien à des signes reconnaissables pour peu que l’on possède le code qui permet d’établir cette relation signifiant/signifié. Ce code est particulièrement lié au savoir et au savoir-faire, au degré d’expérience de son auteur.

L’herméneutique, en tant que théorie de l’interprétation, accorde une place prépondérante au processus d’explication et de compréhension. Et déjà, Paul Ricoeur ou Edgar Morin se détourne d’une causalité linéaire pour un déchiffrage d’un sens caché dans le visible ou l’apparent.

La « sémiosis » de Hjelmslev désigne l’ensemble des opérations qui vont permettre la mise en forme de « la matière idéelle de nos intentions » et de mettre en forme la matière expressive utilisée pour manifester ces intentions en un dessin.

Alain Rénier, Manar Hammad ou encore Philippe Boudon posent les jalons d’une pensée (théorique) guidée par le processus de conception architecturale. Théorie qui pourrait rendre compte de ce passage de l’abstrait au concret ainsi que des pratiques architecturales mais qui aujourd’hui encore ont du mal à s’imposer.

Pour Alain Rénier (Rénier, 2008) il y a une dualité entre l’espace imaginé globalement et l’espace considéré dans sa fragmentation technique qui ne permet pas de comprendre les processus de sémiose. Il propose donc « trois espaces opérateurs en relation dynamique global vs focal (schème analogique de pensée et d’action), total vs fragmental (constitution componentielle et hiérarchique) et intégral vs segmental (différenciation limitée par le principe de pertinence et l’agrégation significative infinie).

Il propose une analyse de l’espace architectural axée sur le faire. Cependant, ce processus de sémiose s’étaye sur une forme globale et finalisée qu’est l’édification.

Or, si cette approche est utile quand il s’agit de reconnaître ou de distinguer des niveaux de composition, elle est moins pertinente pour permettre de reconnaître une articulation liée à interprétation.

La forme doit ici être à comprendre et à considérer dans son rapport d’interrelations ou d’interaction « interne » ainsi qu’« externe » et au « faire », « la forme des objets n’en est pas le contour géométrique : elle a un certain rapport avec leur nature propre et parle à tous nos sens en même temps qu’à la vue » (Merleau-Ponty, 1945).

b)  L’architecturologie (Sémantique liée à l’architecture)

C’est principalement sous cet angle que la théorie de l’architecturologie développée par Philippe Boudon peut s’avérer utile. Elle s’intéresse à l’espace de conception de l’architecture et plus spécifiquement au travail d’élaboration de l’objet architectural.

La forme représentée révèle les relations possibles qui l’ont portée mais ces interactions vont également décider de la forme. Ce sont bien ces interactions qui vont permettre à l’architecte de juger de l’adéquation de la forme.

L’axe fonctionnel, par exemple, dans son rapport d’interaction de l’objet avec son environnement est privilégié. L’environnement est à saisir au sens large : le programme, le site.

L’entité ainsi projetée est dépendante des points de vue qui les ont orientés et pose aussi le problème de la référence. Ces points de vue peuvent se repérer par les « échelles » développées par Philippe Boudon et de fait renseigner sur les espaces de référence.

L’ « échelle » n’est pas cette relation de la grandeur à la petitesse mais est à comprendre comme une intention volontaire, une visée choisie qui permet un découpage de l’espace et par là d’indiquer la référence à partir de laquelle l’objet est ciblé. Ces échelles au nombre de vingt ont chacune une pertinence. L’architecturologie se propose de cerner le travail d’élaboration de l’objet architectural qui se déploie dans un espace architectural qui donne forme et mesure à cet espace : l’objet est pensé avec une mesure. L’architecte procède dans un espace de conception qui est un espace de pensée – dont l’esquisse comme nous l’avons vu ne peut rendre compte totalement – qui représente cet espace des conceptions. Pour Philippe Boudon, le choix d’une unité de mesure rend possible la mesure. En effet, il considère qu’avant d’exister, l’objet est pensé dans un espace de conception dans lequel l’architecte attribue déjà des mesures à cet objet. En fait, le point de vue initial qui peut être l’intention détermine le champ de référence à partir duquel l’objet est visé. C’est ce qui donne la mesure à l’objet et rend également possible la mesure.

C’est une sélection relative qui dépend des points de vue adoptés ou des intentions et qui suscite une ou plusieurs échelles qui sont des mesures pertinentes de l’opération de conception. L’échelle est une intention volontaire de visée de l’objet. Elle indique le champ de référence à partir duquel l’objet est visé, il ne peut y avoir de hiérarchie car tout dépend de la représentation. C’est le jeu entre les échelles qui permet de maitriser l’image.

Exemple d’échelles architecturologiques : échelle technique, fonctionnelle, de voisinage, de visibilité, cartographique, de modèle, etc.

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Exemple d’échelle de fonctionnalité (il s’agit de distribuer des pièces selon leur usage les unes par rapport aux autres)

4- Le fragment est une forme

En phase d’avant projet l’esquisse sert d’étape pour organiser la pensée et voir ce qui n’est encore qu’entrevu (Basbou, 2005) au travers d’une projection, une représentation d’un objet mental dont on ne peut avoir accès que par sa représentation, si schématique soit-elle.

Ces esquisses ou formes simulent déjà pour le concepteur l’objet futur et lui permet d’agir sur ces figures planes (Boudon, Pousin 1988).

L’esquisse initiale sert alors et nécessairement de point de départ à une production intellectuelle. Support de la pensée de l’architecte ou outil particulier assistant la pensée (Purcell, 1998), c’est un médiateur chargé de sens qui véhicule des messages et dans cette mesure assure une fonction de communication (Schön, 1994). Support de négociations et de discussions « internes » (auto-communication) et/ou « externes » (communication duale), elle a une fonction sémiotique.

Ces étapes intermédiaires sont fondamentales et vont permettre que l’objet prenne graphiquement forme.  Cet objet projeté va permettre une réinterprétation du modèle prévu par l’architecte. L’objet n’est définissable que dans cette appropriation par le sujet et par la restitution qu’il en fait.

La progression, se construit dans un entre-deux de l’objet, un entre-deux conversationnel, dans cet espace intersubjectif ou transitionnel (Deshayes, 1997) ; Il y a souvent une corrélation étroite entre l’objet finalisé et pas forcément réalisé. Entre la première esquisse, et l’objet plus conceptuel, il y a un ou des entre-deux où l’objet architectural dit « de papier » s’élabore.

Cette esquisse admet donc une dynamique dans une évolution temporelle propre aux étapes d’élaboration du projet d’architecture et à l’expérience de l’architecte (l’espace de conception).

Cette dynamique est tout autant gestuelle (dans le tracé par la main) que cognitive. Le dessin- fragment ainsi tracé est la trace ou l’empreinte de cette pensée réduite et transcrite au représentable. Cependant, cette réduction n’est pas une simplification de la complexité de l’objet mais au contraire elle essaie de saisir un maximum d’informations pertinentes pour le projet dans un minimum de trait et de temps que nécessite le travail de croquis.

Ce fragment architecturale n’est pas un découpage ou un morcèlement a postériori mais une réduction a priori. En fait, la transformation est à la fois segmentation ou éclatement de l’unité du programme et la globalisation de ces multiples en une entité.

La globalisation présuppose bien la fragmentation et la sommation est ce qui est affirmé, le reste est ce qui est nié (Fontanille J., Zilberberg C., 1998).

La catégorie est construite autour d’un attracteur qui peut être cette échelle de Philippe Boudon. Un opérateur peut affirmer l’unité et à partir de cet opérateur, est fondé le point de vue d’où vont s’établir les nouvelles conjonctions / disjonctions. Selon le moment, dans le processus, ce fragment est à contextualiser, décontextualiser ou recontextualiser. Ce dessin-fragment est aussi un support qui cadre les interactions a posteriori. L’architecturologie permet donc d’interroger les manières de penser, de faire et de dire sur la conception et sa production mais aussi par là même sur la réception.

Ce tracé est davantage associé à un symbole qu’à une icône car il est lié à un savoir et une culture particulière qui permettront l’accès au sens et à l’action, et cela même si les éléments qui le composent sont issus de la géométrie simple (primaire). Il s’agit davantage d’évoquer une totalité (globalité) par la ou les parties représentées ce qui présage d’une ré-interprétation. Le dessin-fragment est alors l’opérateur qui va permettre d’embrayer la mémorisation et d’accéder au sens au travers du code propre à l’architecte.

La forme est déjà présente dans l’image-dessin qui établit un rapport entre le vide (espace à bâtir) et l’expérience spatiale qui en découle. La forme intervient alors comme un opérateur de la schématisation ou comme un indicateur qualitatif.

C’est parce que ces formes sont dotées de significations architecturales que l’architecte établit une relation entre sa représentation plane et l’objet en trois dimensions. Plus l’architecte est expérimenté, plus il maîtrise cette capacité de synthèse et de raccourci.

Par ce travail et au travers de ces traits simples, une forme se risque, cette forme n’est pas à créer, elle s’affine, se transforme, elle est la transcription ou une version possible d’une entité par ailleurs pensée. La forme est à entendre sous l’aspect d’une construction formalisable par cette représentation schématique de l’unité ou entité d’un objet par ailleurs pré-éxistant. La forme existe d’une certaine façon et le sens est à re-trouver au travers de cette matérialisation, représentation ou image, qui n’est qu’un instantané de la pensée, proche du schème. A partir de cette mise en image, la forme va se préciser. C’est une forme exprimée et qui est une forme à retrouver.

Conclusion

Entre le dessein et le dessin la pensée évolue dans un entre-deux du mental, du virtuel, de l’imaginaire et du physique, du représenté.

Dans le projet, il y a une difficulté et une résistance à aller au dessin finalisé, impossible tâche que permet l’esquisse qui amène à la forme. Ce n’est pas encore la forme finalisée mais c’est bien l’indicateur qui va permettre d’embrayer sur l’objet.

Considérant que l’architecte en début de projet se trouve face à des informations diverses provenant de champs différents et admettant qu’il va extraire de chacun d’eux les informations pertinentes, il y a bien nécessité d’une déconstruction préalable de chacun de ces champs. Chacun de ces fragments (morceaux), de chaque champ va être à nouveau rassemblé dans un objet globalisant (le dessin) qui n’est en fait qu’un fragment (une partie de la forme pensée)

Ce dessin-fragment n’est pas agi par soustraction. Au contraire il travaille la pensée et les idées, il suggère d’avantage qu’il ne dit à partir d’une image fragile mais présente. Il existe un paradoxe entre la complexité des idées sous tendues et l’essentiel du trait. La partie pour le tout : le dessin est alors visible en tant que représentant d’une réalité future.

La variation s’établit à partir d’un invariant mais pose le problème du référent de cette invariant qu’est le schéma. Le fragment en architecture ne se résume pas au segment (trait) mais à un parcours dans l’espace où l’important est justement de parcourir, de reconnaître et de qualifier.

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références bibliographiques

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